Extrait, pages 45 à 49
Chapitre 2
REFLETS DE LA VIE
J'ai appris hier que le son avait une odeur et que les couleurs avaient un goût. Qu'en pensez-vous ?
C'est vrai. Fondamentalement, il y a énergie. Selon les mouvements des sens, elle se perçoit comme couleur, comme son, comme goût et comme odeur. C'est uniquement la structure de notre cerveau qui nous la fait décoder de telle ou telle façon. Une autre structure, un autre cerveau décode tout à fait autrement. Un animal ne perçoit pas les sons et les couleurs comme nous. Chaque structure décode les vibrations à sa manière. Ce que l'on appelle le monde est uniquement un décodage de vibrations. Une autre structure vit dans un autre monde. Les autres mondes ne sont pas à l'extérieur. Quand vous ne mettez pas l'accent sur le décodage ou le fonctionnement schématique, vous voyez le monde d'une manière complètement différente. La transparence, la plasticité, la sensibilité éloignent les schémas du monde. Les schémas sont surimposés aux vibrations. On met l'accent sur le décodage plutôt que sur la lumière et on se limite ainsi. La perception est toujours conditionnée.
Plusieurs personnes me demandent de leur dire les couleurs que je vois quand elles sont avec moi. Mais cela ne veut rien dire.
Cela veut dire quelque chose.
Pourtant les références sont différentes pour chacun ?
Bien sûr. Vous laissez la perception vivre en vous et vous voyez qu'il n'y a pas de mystère.
Vous avez dit que la pulsion sexuelle des hommes était moins forte que celle des femmes. Pourtant, ce sont les hommes qui commettent les viols et les abus sexuels. N'est-ce pas parce que leurs pulsions sexuelles sont plus impératives ?
Quand vous aimez quelqu'un, les abus auxquels vous faites référence ne sont pas très stimulants.
Ne s'agit-il pas davantage d'une relation de pouvoir, à ce moment-là, que d'une pulsion sexuelle ?
C'est un manque de sensibilité. Avoir besoin de dominer pour éprouver une satisfaction sexuelle est un signe que la structure corporelle manque de sensibilité.
Face aux viols, je me donnais comme explication que cette pulsion plus impérative chez les hommes était peut-être programmée pour la survie de l'espèce. Qu'en pensez-vous ?
Dans un rapport sexuel, l'homme devient femme et la femme, homme. Toutes les expressions sexuelles deviennent très souples. Si vous ne prétendez rien, toutes les possibilités peuvent s'actualiser. L'homme qui viole est très malheureux et il ne voit pas d'autre moyen d'avoir du plaisir. Il manque d'orientation. Une sexualité forte ne peut jamais s'exprimer comme cela. Profondément, ce qui satisfait un homme, c'est de transmettre une satisfaction. Le viol ne répond pas à cela. L'accent est mal placé.
On dit d'ailleurs que les violeurs ne ressentent jamais de satisfaction, que c'est uniquement une question de pouvoir sur l'autre. Est-ce votre avis ?
Dans un organisme déséquilibré, le pouvoir peut être ressenti comme une forme de plaisir.
Peut-on parler de plaisir génital plutôt que sexuel ?
Quand la corporalité est approchée comme un fragment, l'énergie ne peut pas couler. Tant que la sexualité sera séparée des autres expressions de la vie, il y aura toujours un problème, une opacité. Cette opacité n'est pas liée à telle ou telle région du corps. La région du sexe n'est pas plus sensible que le cou ou l'oreille. C'est uniquement un manque d'orientation qui amène à croire que les rapports sexuels consistent en la rencontre de deux sexes. C'est une sexualité de bazar. Le rapport sexuel est autant dans le regard, dans le geste, dans la sensibilité olfactive que dans le souffle. Le sexe est une fraction parmi tant d'autres et pas la plus importante. Quand vous envahissez votre partenaire par le souffle, c'est plus ébranlant que quand vous l'envahissez avec un sexe. Les sexe est une partie qui est tout à fait justifiée, mais c'est un fragment. Pour la procréation, c'est tout à fait différent. Le rapport sexuel pour procréer attache au monde alors que le rapport pour la joie libère.
Vous amenez le partenaire à se donner à toute la corporalité sensibilisée. Si le partenaire se fixe sur une localisation, vous l'amenez à la sensibilité globale du corps. Quand il y a désir, l'énergie se canalise dans quelques fractions du corps. Le désir empêche la liberté de s'exprimer. C'est uniquement dans une sensibilité développée que l'énergie est multidimentionnelle.
Quand le souffle est libéré, l'énergie fondamentale se libère et la corporalité est alors ouverture. Ce qui libère l'énergie, c'est le souffle, et ce qui libère le souffle, c'est une sensibilité corporelle globale. Tous les rituels du nord de l'Inde, du Cachemire, visent à libérer le souffle, qui canalise l'énergie. Le souffle est l'élément fondamental. Tout est dans le souffle, c'est la clé de la vibration. Quand vous placez votre souffle dans un arbre, vous êtes sensible au rythme de l'arbre. Quand vous le placez dans un autre être humain, vous êtes sensible à cet être. C'est ce que fait un guérisseur. C'est ce que fait un animal : quand il saute sur un autre animal, son souffle précède toujours son corps. L'animal est déjà plaqué au sol avant que le physique de l'autre animal ne le touche. L'animal le fait naturellement. Observez le chat quand il monte sur une chaise pour atteindre ce qu'il cherche, observez le va-et-vient du corps subtil. Tout le rituel ne peut éclore vraiment que lorsqu'il y a cette profonde sensibilité. Tous les instruments rituels, toutes les sonorités, toutes les formes qu'on vénère sont toujours imbibées de souffle. Une statue qui n'est pas habitée par le souffle est un son mort. Un son qui n'est pas habité par le souffle est un son mort. C'est pourquoi, au musée, vous pouvez voir de très belles statues qui sont mortes ; le souffle n'y vit plus. C'est votre devoir de les réhabiliter, de les réveiller. Vous sentirez la différence même visuellement.
Vous utilisez donc le prana ?
On n'utilise pas le prana, mais une sensibilité en éveil devient sensibilité aux modalités des énergies subtiles.
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